Au début du XIXème siècle, les révoltes et conflits qui secouent les Indes orientales néerlandaises, dont l’éprouvante guerre d’Aceh, combiné avec la crise du recrutement consécutive à l’indépendance de la Belgique poussent les Néerlandais à recruter des auxiliaires sur les côtes d’Afrique de l’Ouest où ils sont également installés. Ils recrutent, entre autres, des guerriers Ashanti (Ghana) pour les envoyer combattre à Sumatra et à Bornéo. Ces tirailleurs Ashanti reviennent au pays et se font commerçants, emportant des batiks dans les malles. Ces tissus plaisent énormément aux Ashantis.
Des usines, s’inspirant de la technique du batik javanais, sont installés d’abord en Grande Bretagne. Elles utilisent de la cire, wax en anglais. Les Hollandais récupèrent l’idée et le nom, perfectionnant la technique, et lancent un commerce transcontinental.
L’idée était d’inonder le marché indonésien de batiks produits à faible coût, mais les indonésiens boudent les productions européennes, qu’ils estiment de mauvaise qualité car elles présentent des imperfections. Finalement, les industriels européens trouvent un débouché commercial en Côte de l’Or (Ghana) dont les habitants, au contraire, apprécient ces irrégularités, estimant les tissus plus vivants ainsi.
Le commerce du wax est alimenté par les navires de charge néerlandais en route pour les Indes orientales. L’entreprise Vlisco envoie à lépoque des représentants au port de relâche d’elvira, où se vendent les tissus, pour mieux cerner les attentes des clientes. L’autre marché est opéré par les tirailleurs néerlandais.
Avec la disparition progressive du commerce des esclaves, l’empire Ashanti décline à partir de la fin du XVIIIème siècle et les missionnaires prennent de plus en plus d’initiatives sur le continent Africain.
A leur suite, les commerçants néerlandais prennent contact avec les habitants, comprennent leurs préférences et leurs habitudes. Cela leur permet de rattraper leur retard sur les femmes qui détenaient jusqu’à présent le monopole sur ce commerce. Quant aux missionnaires, ils favorisent la diffusion du pagne africain afin de couvrir la nudité des ses ouilles, en accord avec les principes moraux qu’il entendent transmettre.
Au fil du XXème siècle, le wax, qui est un produit de la colonisation et de la mondialisation, est devenu un emblème de l’identité africaine avec ses symboles est es codes. Du Ghana l’engouement gagne dans de nombreux pays de l’Afrique occidentale (Togo, Bénin, Nigéria, Niger, Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Sénégal) et enfin l’Afrique centrale. A cette époque, le wax reste très onéreux et seule la bourgeoisie locale peut se f’offrir. Les irrégularités des dessins avec un effet veiné dû à l’infiltration de la teinture dans les craquelures de la cire séduisent les Africains.
En 2015, le wax est célébré comme un summum de la mode à travers le monde, porté par les fashionistas et utilisé par les créateurs de mode.
De nos jours, le wax ne peut prétendre à aucun véritable enracinement.
Il vient d’ailleurs, d’une convergence transitoire entre l’Asie et l’Europe, et a conquis toute l’Afrique de l’Ouest, puis l’Afrique centrale, avant de séduire les diasporas. C’est une étoffe en partage, qui n’appartient à personne en particulier, mais dans laquelle chacun peut se projeter. Le wax est profane, au contraire du Bogolan (réservé aux rites) ou aux Kente (réservé à un certain rang social).
La maîtrise des craquelures, la maîtrise de leur placement et de leur intensité incite à explorer des effets de contraste de plus en plus raffinés entre le positif et le négatif, l’envers et l’endroit. Ces parfaites imperfections sont un gage d’authenticité, elles portent l’empreinte d’un wax véritable dont chaque mètre est unique. Bien plus qu’un style, cette spécificité constitue l’essence même du wax.
Toute personne peut détenir le dessin du wax de son choix, le draper, le couper ou le transformer à sa guise sans risquer de commettre un geste iconoclaste.
Chargé d’histoire, le tissu wax, parce qu’il échappe aux conventions sociales et est accessible à tous les amateurs.
Etoffe née de la rencontre des cultures, le tissu wax est désormais le tissu d’un monde métissé. C’est donc une histoire globale qui se raconte à travers ses dessins.